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Google AMP pour l’e-commerce : c’est parti !

 

Google l’a annoncé le 22 aout sur son blog AMP HTML : on peut commencer dès maintenant à développer des pages AMP pour un site e-commerce. On se doutait que cela allait arriver mais on ne l’attendait pas si tôt. L‘initiative d’Ebay fin juin n’était donc pas un simple projet « pour plus tard » mais bien un début de développement d’une fonctionnalité à lancer à la rentrée.

Le site bien connu de petites annonces a en effet développé ces derniers mois un « POC » de pages de listing produit plutôt convainquant utilisant la technologie AMP. Si vous ne savez pas ce qu’est AMP, allez voir le guide Google AMP que j’ai publié au printemps dernier. Et on peut dire que le design proposé par Ebay sur ses pages AMP est franchement convainquant. Il ne manque franchement rien pour proposer une expérience fluide et agréable à un site e-commerce sur mobile : sliders, rebonds, listings, menu de navigation, …

Les pages AMP d’Ebay : franchement convainquant !

Restait une problématique à traiter : celle du panier d’achat. On imaginait attendre encore longtemps avant que Google ne lève ce principal frein. Mais il n’en est rien : sans doute pour pousser l’adoption la plus rapide par les éditeurs de site, Google n’attend pas la disponibilité de composants panier Magento, Prestashop, Woo commerce ou autre pour lancer AMP en e-commerce, en précisant que rien n’oblige les acteurs à basculer 100% de leurs pages sur AMP, et qu’ils peuvent sans problème établir un pont au niveau du panier entre page AMP et page HTML sécurisée. ceci étant dit, ils préconisent des pages mobile PWA (Progressive Web Apps) afin d’avoir la plus grande fluidité et rapidité d’affichage au passage entre AMP et non AMP.

Entre PWA et AMP, la question de disposer d’un site mobile ou responsive hors de ces technos se pose de plus en plus et les problématiques de contenu distribué augmentent chaque jour. A suivre (de près).

Pour en savoir plus, lire : Getting started with amp for e-commerce ou consulter le site AMP by example ouvert par Google récemment et qui permet de visualiser facilement tout ce que l’on peut faire avec les composants AMP. Pratique pour les designers, chefs de projet et marketeurs.

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Google AMP & Facebook Instant Articles vont-ils faire disparaitre les sites web ?

 

Google AMP, Facebook Instant Articles, LinkedIn Pulse, Google Podium,… : cette « plateformisation » du contenu est-elle une opportunité ou un risque pour les médias et les marques ? Faut-il y aller et si oui comment, avec quelle stratégie et quels objectifs ?

Voici les questions auxquelles vous avons tenté de répondre avec Guillaume Bournizien, Directeur Marketing Digital au journal Le Parisien lors du SMX Paris 2016. Et nous l’avons fait en partageant un maximum de données sur deux canaux récents : Google AMP et Facebook Instant Articles.

La première constatation, c’est que ces deux nouveaux canaux de distribution de contenus ne sont que la préfiguration de ce qui s’annonce : une séparation de plus en plus nette entre la production du contenu (presse, TV, radio tels que nous les connaissons) et leur distribution, qui se déporte vers des réseaux sociaux et des plateformes qui risquent de devenir de véritables média… à la place des médias que nous connaissons.

Il y a donc deux enjeux pour les média traditionnels : monétiser au moins aussi bien sur sur leurs propres supports et préserver la « brand awareness » et la préférence de marque sur des plateformes multi-marques par nature.

Pour le brand content en revanche il s’agit là d’une très grande opportunité. D’abord, parce les marques vont avoir l’opportunité de diffuser des contenus auparavant isolés sur leurs blogs de marque sur de véritables carrefours d’audience où elles ont déjà par ailleurs une importante production de contenu. C’est en particulier vrai pour Facebook.

Ensuite parce qu’elles vont pouvoir bénéficier d’une technologie web en pointe, avec des possibilités d’animations multimédias riches, remplaçant l’antique flash (zoom, maps, sliders, etc.) et mise à disposition gratuitement. Les agences qui avaient fait de leur spécialité la création de contenus numériques pour les marques vont devoir rapidement se repositionner sur le marché de la création et de la distribution de contenu si elles ne l’ont pas déjà fait.

Enfin, parce que toutes ces plateformes sont nativement parfaitement adaptées pour le mobile, garantissant satisfaction utilisateur, UX éprouvée, conversion et souvent… très bon SEO.

Les marques auront-elles encore un blog dans 5 ans ?  On peut en douter. Les blogueurs auront t’il toujours leur WordPress dans 2 ans ? Ca m’étonnerait beaucoup. Les médias diffuseront-ils encore majoritairement leurs articles sur leurs supports dans 5 ans ? On peu très franchement en douter. Mais tous ne seront pas perdants : les marques, les services, le ecommerce ont tout à gagner à y aller. Les médias quant à eu auront fort à faire pour continuer à exister face aux géants du web.

Le site web vit-il ses dernières heures ? J’en suis convaincue.

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L’Apple TV disruptera t’elle la télé ?

Pour Tim Cook, le patron d’Apple, c’est très clair. Le futur de la TV, ce sont les apps. Et pour les apps, sa solution est l’Apple TV.
Il est évident que l’usage des apps se développent en même temps que les TV se connectent et que le replay se généralise. Le propos de Cook reste à nuancer, car si Apple a pivoté sa stratégie vers les apps, c’est avant tout car il n’a pas réussi à lancer la fameuse « TV d’Apple » (c’est à dire un téléviseur) que beaucoup attendaient, faute d’accords avec les grands networks TV américains et avec les différentes chaines de par le monde.

Deux « plus produit » majeurs pour l’Apple TV : l’Apple Remote et Siri

Il se murmure que la télécommande de cette nouvelle Apple TV est ce qu’il reste du projet originel de poste de télévision. Autant le dire tout de suite. Cette télécommande est une vraie réussite, avec son trackpad en haut qui permet de swiper verticalement et horizontalement, simplifiant ainsi beaucoup d’actions pénibles avec la « croix » des télécommandes classiques. En terme de design, d’expérience et d’ergonomie, elle est à mille lieux de tout ce que vous connaissez en terme de télécommande. A elle seule elle révolutionne les usages du pilotage d’une interface numérique sur téléviseur.

Des gestes pratiques et intuitifs avec le trackpad intégré à la télécommande de l'Apple TV 4G
Crédit photo : Apple

L’autre point fort de l’Apple TV, c’est la possibilité de rechercher très facilement à la voix par Siri. Sans clavier cela facilite grandement l’usage de toutes les fonctionnalités de recherche dans les services de replay et de VOD. On regrettera cependant qu’Apple l’ait pour le moment bridé à ses seuls services, et encore ceux qui sont payants, ainsi qu’à quelques applis vidéos américaines. Impossible par exemple de rechercher via Siri un titre présent dans ma bibliothèque musicale iCloud. Rageant et incompréhensible.

Le salon, la prochaine bataille du marketing digital

Quoi que certains en doutent, après 3 mois avec l’Apple TV je suis convaincue de l’intérêt pour une marque de se déployer sur l’écran du salon. Peut-être pas pour toutes mais pour une large part d’entre elles. En effet les cas d’usage potentiels sont légion :

  • Commander de la nourriture
  • Utiliser des applis éducatives (apprendre une langue, réviser le bac ou le code de la route, …)
  • Chercher de l’information connexe à l’émission, le film ou la musique que je suis en train de regarder/d’écouter.
  • Faire du shopping bien installé(e) dans mon canapé
  • Jouer en utilisant l’Apple TV en tant que console de jeux
  • Regarder des vidéos, des films, des émissions
  • Ecouter de la musique, la radio ou des podcasts

Pour le moment très peu de cas d’usage sont couverts par les applis disponibles. A bon entendeur…

L’Apple TV pourrait également remplacer, à terme la console de jeux vidéo du salon. Si pour le moment elle est loin d’avoir la puissance d’une Xbox ou d’une PlayStation, cela pourrait venir dans un second temps. Pour le moment elle est déjà parfaite pour le casual gaming, et encore plus en lui adjoignant une manette. Du reste, les jeux sont déjà l’un des usages saillants du boitier

C’est peut-être la fin de la TV, et même du meuble TV tel que nous la connaissons. Avec le développement des usages non linéaires des médias TV et radio, il serait logique de voir arriver en parallèle le développement d’usages différents de cet écran alors que le smartphone est devenu le 1er écran que nous utilisons. La TV, descendue de son piédestal est mûre pour se réinventer.

La révolution qui arrive va complètement rebattre les cartes de la consommation de contenu premium en TV. Les offres des chaines payantes pourraient rapidement disparaitre des box des opérateurs pour passer via du « on demand » sur les applis. Aura t’on encore des chaines payantes broadcast dans 10 ans ? On peut franchement en douter.

En cela le calcul d’Apple de pivoter son offre TV vers les apps est maligne. Pour autant, les chaines françaises préfèrent pour le moment garder leur public captif sur leurs plateformes de replay (à l’expérience utilisateur souvent pauvre) hébergées dans les box pour ne pas partager la data et le revenu avec Apple. Très peu de chaines de TV ont une app Apple TV pour le moment et c’est sans doute l’aspect le plus déceptif du produit à l’heure actuelle. Seuls Arte et BFM TV ont sauté le pas en TV.

En radio ce n’est pas beaucoup mieux (seul NRJ dispose d’une application), ce qui est assez inexplicable alors que le flux radio est déjà disponible un peu partout gratuitement, tout comme les podcasts. La porte est grande ouverte pour des applis alternatives agrégeant les flux des principales radios, sans aucun contrôle de la part de celles-ci.

Les acteurs de la presse brillent quant à eux par leur absence. Etrange quand on pense que tous ont multiplié les investissements dans la vidéo ces dernières années. L’Apple TV est pourtant le device parfait pour la consultation de l’offre vidéo des médias n’ayant pas de canal hertzien.

Les chaines vont t’elles être contraintes de proposer leur programme sur Apple ou Android TV, contraints par les usages et la demande ? Les micro achats à l’acte suffiront t’ils à compenser la perte de revenus réguliers des abonnements via les box pour les chaines à péage ? L’avenir nous le dira.

apple-tv-jeux
Crédit Photo : Apple

Des opportunités de visibilité pour les premiers entrants

L’Apple TV dispose d’un AppStore dédié, accessible sur l’écran d’accueil du téléviseur. Pour le moment il n’y a que quelques milliers d’apps au total disponibles dans le store et de nombreuses marques n’ont pas déployé leur app.

Dans certaines catégories archi encombrées sur mobile, il est possible de se positionner facilement dans le top 10. Evidemment, avec peu d’apps, les chances d’avoir son appli mise en avant par Apple sur la home du store sont également décuplées.

Si votre app est universelle, c’est à dire mobile + tablette + Watch + Apple TV en un seul fichier, le téléchargement depuis la TV génèrera également une installation sur l’iPhone et l’iPad de l’utilisateur. Un avantage vraiment non négligeable, sans compter que parmi les souhaits des utilisateurs, l’app universelle se place en 2è position.
Lorsque l’on sait que les 300 premières applis du store génèrent 86% du total des téléchargements du site iOS, c’est très très loin d’être un avantage négligeable.

En moyenne, 4 à 500 apps sont ajoutés sur le store Apple TV chaque semaine (Source : AppFigures). Le délai de lancement est donc un facteur de réussite important. Les plus rapides à publier seront les premiers à se positionner et à s’installer dans le salon des utilisateurs. Et c’est loin d’être anodin, car si le springboard (« bureau » du mobile) se « slide » en tableaux de droite à gauche, celui de l’Apple TV est unique et se « scrolle » de haut en bas. Il y a donc fort à parier que les applis vraiment visibles sur le téléviseur seront les 20 premières à avoir été installées au maximum.

En terme de monétisation, il est certain qu’une publicité display ou un préroll vidéo sur grand écran, cela n’a pas de comparaison en terme d’impact pour l’annonceur et de CPM pour l’éditeur par rapport à un écran de smartphone. Les éditeurs devraient donc, même si le nombre de possesseurs d’Apple TV est encore faible en France arriver au moins à financer le développement par ce biais.

Des enjeux en terme de produit et d’expérience

Adapter votre app tablette à une interface plus grande ne sera pas du tout suffisant. La clé du succès, sur le téléviseur comme ailleurs, c’est d’adapter votre produit en fonction de l’usage et du contexte d’utilisation. La logique de l’application est complètement différente de celle du site web. Si celui-ci est exhaustif, ce n’est pas pour autant que tout ce qui se trouve sur le site doit se trouver dans chacune de vos apps. En fait c’est même tout le contraire.

S’adapter au device, c’est aussi s’appuyer sur les forces de chacun d’entre eux. La force du smartphone, c’est d’être toujours dans la poche de l’internaute. L’avantage de la TV c’est de proposer à un public confortablement installé dans son canapé de grands et beaux visuels dans une belle définition, sans la contrainte de la connexion 3G et du manque de temps et d’attention soutenue.

Il faudra aussi tenir compte des avantages de l’Apple Remote (le swipe) mais aussi de ses contraintes : écrire, entrer un mot de passe ou saisir un formulaire reste pénible, même si cela reste simplifié par rapport à ce que l’on connaissait jusqu’alors.

Quoi qu’il en soit, Apple a bien fait les choses, le boitier est interconnecté avec les autres devices à la pomme, faisant de l’Apple TV un véritable media center contenant toute notre musique, nos photos, vidéos (le tout via iCloud), des jeux et nos apps préférées. L’ensemble étant branché à l’ampli du home cinéma.
Là encore, ce branchement au système hifi, le fait que la TV soit un écran convivial autour duquel plusieurs personnes se retrouvent peuvent être des avantages desquels tirer parti pour votre produit.

Pour terminer de vous convaincre de l’intérêt de vous lancer, je vous propose de découvrir l’Apple TV en vidéo. N’hésitez pas à réagir et à compléter via les commentaires.

Démo vidéo

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Et si le futur des medias c’était le produit responsive ?

Tous les groupes médias ont aujourd’hui investi massivement dans le numérique. D’abord dans le contenu (textes, infographies, vidéos, iconographie), puis dans le design (flat design, responsive), et plus récemment dans la technologie (CRM, big data, web analyse).

Avec le mobile et les nouveaux écrans, c’est une nouvelle révolution numérique qui s’amorce, et qui évolue vite. Très vite.
Les lecteurs attendent aujourd’hui de leur journal, de leur radio ou de leur chaîne TV favorite une expérience complète, personnalisée. Une expérience sans friction également, avec une interface tellement bien conçue qu’elle en est d’un usage évident, naturel, sans apprentissage préalable.

Comme réponse à ces attentes, la majorité des acteurs ont adopté le responsive design. Mais aujourd’hui, lorsque l’on parle de responsive design, on parle de technique. En bref, de code. Cela est évidemment indispensable. Cependant, adapter le design d’un site à la taille de l’écran, c’est une première étape, mais certainement pas une finalité pour un site de contenu.

Car à quoi cela sert-il d’avoir un site adaptable si l’expérience utilisateur et le contenu journalistique ne sont pas eux aussi responsive ? Un contenu et une interface responsive, c’est une reconfiguration complète de l’expérience selon l’appareil (mobile, tablette, portable), la localisation du lecteur (en ville, à la campagne, statique ou en mouvement) et l’heure de la journée (devant son café du matin, dans les transports, dans le canapé après diner).

C’est aussi une proposition de contenus qui tient compte du profil de l’internaute, de ses habitudes, de ses lectures précédentes, de l’actualité de la journée et du jour de la semaine (on ne lit pas les mêmes choses un jour de semaine ou le week-end, ou en tout cas pas avec la même urgence).

Fidélisation et engagement

De quoi ont besoin aujourd’hui les groupes médias, de plus en plus désintermédiés par Google et les réseaux sociaux ? De fidélisation et d’engagement.
Pendant longtemps, on a cru que le contenu seul était suffisant à fidéliser et à créer de la valeur. C’est très vrai pour le « média historique », dans une moindre mesure pour le web des années 2000, et beaucoup, beaucoup moins vrai pour l’internet multi-supports qui est à nos portes.
Jusqu’à la fin du XXe siècle, les lecteurs achetaient un contenu et une proposition éditoriale. A présent ils achètent une expérience de marque.

Car au delà d’un contenu de qualité qui est aujourd’hui presque finalement un présupposé, c’est l’expérience utilisateur qui fait et fera la différence, et permettra de reconquérir une clientèle d’habitués assurant le business model des années 2020.
La transformation numérique n’est pas que technologique : elle porte sur le soin mis dans la conception produit et dans le parcours client, ainsi que sur un changement profond de la culture d’entreprise.

Les groupes média américains l’ont déjà compris, dans la douleur et sous la pression de pure player devenus parfois plus puissants qu’eux et qui ont souvent tout misé sur le produit et presque rien sur l’éditorial. Avec les succès que l’on connait. Joe Ruffolo, Senior VP d’ABC News Digital, a résumé ainsi sa stratégie lors du Google for Media Day à New York en juillet dernier : « Un support media, c’est 50 % produit et 50 % éditorial ». Sacré changement de paradigme !

Adapter l’offre

ABC News, Time Magazine et le New York Times ont basé toute leur stratégie numérique sur le mobile. ABC News mise sur une proposition reconfigurée selon l’heure de la journée : purement textuelle le matin, texte et vidéo l’après-midi, et encore plus de vidéo le soir. L’étape d’après sera de personnaliser l’affichage de l’information sur mobile, en utilisant évidemment la géolocalisation.

Time Magazine est, quant à lui, sûrement le premier site de news à infléchir autant sa stratégie pour se focaliser sur le hard news sur mobile. L’objectif de Callie Schweitzer, sa directrice de l’innovation, est d’apporter aux lecteurs l’information qu’ils ont besoin de connaître « à l’époque des Kardashians » ; celle de l’infotainment. Partant de ce constat, ils ont conçu un produit de consommation de type « news snacking », particulièrement adapté pour un usage en mobilité.
Au New York Times, le même diagnostic a abouti au lancement de l’application NYT Now. C’est à l’heure actuelle leur seul produit capable d’attirer un lectorat jeune (34 ans en moyenne) selon Ben French, son directeur produit.

Qu’est ce qui change avec ces trois exemples ? Le soin apporté au produit, pas seulement à la promesse éditoriale.
Ce tournant actuel aux USA, c’est ce qu’il faudra parvenir à faire en France dans les douze mois qui viennent. Mais les groupes média manquent aujourd’hui d’organisation et de profils adéquats pour y parvenir. Si tous investissent (beaucoup) dans le design et le développement, la conception produit et l’ergonomie sont absents de quasi tous les projets et toutes les équipes.

Créer une direction produit numérique

L’innovation, aujourd’hui, ce n’est plus seulement lancer quelque chose de nouveau. C’est adopter une démarche rationnelle, mesurer la performance post-lancement et améliorer le produit de manière itérative après les retours des internautes. C’est toujours du test and learn… mais basé sur de la data, et centrée sur l’utilisateur, et non sur les concepteurs.

La solution pour y parvenir ? Créer une direction produit numérique et accepter de lui déléguer une partie du pouvoir de décision sur la stratégie et la feuille de route. L’émergence d’une telle direction, c’est une occasion unique de briser le mur entre rédaction, développement et business pour travailler ensemble vers un objectif commun qui est la satisfaction internaute et la monétisation.

La direction produit, c’est ce qui a fait le succès de tous les plus grands du numérique (Google, Apple, Facebook, Twitter, LinkedIn,…) et les plus grandes valorisations par rachat aux Etats unis (notamment Summly, qui a permis ensuite à Yahoo! de lancer l’excellent Yahoo! News Digest). C’est également vrai pour de plus petits acteurs dans l’univers média, par exemple le Néerlandais Blendle. Pourquoi Blendle a-t-il autant de succès ? Parce que c’est avant tout un très bon produit, doté d’une ergonomie irréprochable. Et c’est pour cette raison que le New York Times et Axel Springer ont investi dans la start-up.

Et si le chainon manquant de la réussite des médias sur le numérique, c’était le produit ? Directeurs de médias, vous devez créer des directions produit constituées de product managers, d’ergonomes et de web analystes.

Il y a urgence.

Article originellement publié dans la revue Satellinet.

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Quelle stratégie produit pour un site média aujourd’hui ?

Lors du Google for Media Summit de New York en juillet dernier, des représentants du New York Times, de Vice Media, de ABC News et de Time magazine ont donné leur vision de ce que doit être une bonne stratégie produit pour un site de contenus. Voici ce qu’il faut en retenir.

Un site média, c’est 50% éditorial et 50% produit

Joe Ruffolo, Senior VP de ABC News Digital a résumé ainsi sa stratégie : pour lui, un support media, c’est 50% produit et 50% éditorial.

Lors de la fusillade à l’aéroport de Los Angeles, qui a été une actualité très forte, générant beaucoup d’audience, ils se sont rendu compte qu’il y avait bien plus d’internautes suivant le streaming live sur leur mobile que sur un PC.
La stratégie mobile de ABC News, c’est de actualité textuelle le matin, l’après-midi du texte et de la vidéo, et le soir, encore plus de vidéo. L’étape d’après sera de personnaliser l’affichage de l’information sur mobile. La géolocalisation des contenus sera cruciale demain (je suis convaincue qu’il faut commencer à geotagguer les contenus aujourd’hui).

Du mobile, et encore du mobile

La dernière refonte du Time Magazine s’est concentrée sur les articles courts (400 caractères) et le mobile. On pourrait résumer cela à une offre « snacking », particulièrement adaptée pour un usage en mobilité. Ce qui est intéressant, c’est que jusqu’à présent, même sur le hard news, on produit plutôt des articles entre 800 et 1200 caractères, destinés à être indexés dans Google Actualités. Time est sûrement le 1er site de news à infléchir autant sa stratégie pour se focaliser sur le hard news sur mobile, avec une navigation en scroll infini.

C’est pour eux un changement de direction très fort, puisqu’ils ne veulent plus être perçus comme un magazine, mais comme un site de hard news en 24/7. L’objectif de Callie Schweitzer, directrice de l’innovation au Time Magazine, c’est d’apporter aux gens l’information qu’ils ont besoin de connaître « à l’époque des Kardashians« , c’est à dire de l’infotainment.

Au New York Times, où le trafic mobile atteint déjà 60% du trafic total, on prend une voie différente qui consiste à segmenter l’offre et à proposer un produit spécifique pour les usages de consommation rapide en mobilité. Ils ont ainsi conçu un produit « mobile first » : NYT Now. C’est à l’heure actuelle leur seul produit capable d’attirer un lectorat jeune (34 ans en moyenne) selon Ben French, le directeur produit du New York Times.

L’éditorialisation est entièrement manuelle, avec une équipe dédiée qui renverse les codes journalistiques habituels : on se focalise sur ce que le lecteur veut et non pas sur ce que le journaliste souhaite lui dire. La création de ce produit a été l’occasion de briser le mur entre la rédaction et le business (évoqué longuement dans le rapport interne du New York Times sur l’innovation) pour travailler ensemble vers un même objectif. C’est une équipe pluridisciplinaire de 15 personnes (développeurs, designers, marketeurs et journalistes) qui a mené à bien le projet.

Source de l'image : New York Times
Source de l’image : New York Times

Depuis le lancement de l’app, plusieurs articles ont été publiés sur le sujet soulignant que cette stratégie, qui pourtant a du sens, est en fait un échec, avec seulement 32 000 abonnés. Les commentaires très négatifs des internautes au sujet de l’appli Messenger de Facebook vont dans le même sens. C’est peut-être encore un peu trop tôt, ou trop disruptif par rapport aux usages de la majorité des mobinautes.

Selon les représentants de Vice Media présents au Google for Media Summit, le mobile va augmenter les moyens d’accès à l’information et surtout décentraliser les moyens de production de l’information là où elle se passe ; raccourcissant par la même occasion le laps de temps entre le moment où un évènement se produit et le moment où le mobinaute la reçoit. A mon avis c’est un point sur lequel il faudra beaucoup travailler au niveau du produit : pouvoir adresser cette instantanéité dans les applications.

De la pub native sur mobile

Par soucis de générer le maximum d’abonnés sur ce nouveau produit, le New York Times a fait le choix de ne pas mettre de publicité display sur NYT Now. En revanche, on peut y trouver du publi rédactionnel et du native advertising qui sont, selon Ben French, beaucoup mieux tolérés que le display par les utilisateurs mobile.

Social Media et conversion

Le principal KPI suivi par Time est le taux d’engagement. La course aux fans a vécu, à présent il faut faire grandir la communauté qualitativement.
Au Time, ils estiment que c’est la responsabilité de tous et pas seulement de l’équipe social media : journalistes, marketing trafic et produit. Avec cette attitude volontariste, ils ont réussi à atteindre plus de 6 million de followers sur Twitter et à augmenter leur trafic social de 300% en un an. Plutôt impressionnant…

Leur meilleur tweet à ce jour a obtenu plus de 17 000 retweets.

Callie Schweitzer, du Time en est convaincue : pas de succès en social media sans travailler en terme de produit les fonctionnalités sociales des supports. Effectivement, lorsque l’on regarde les meilleures initiatives en ce domaine, c’est du produit qu’elles viennent, comme par exemple les citations « prêtes à tweeter » du New York Times 

Variation autour du thème du contenu tweeté : pouvoir Twitter la page, ou une citation à l'intérieur d'un article. Une tactique payante.
Variation autour du thème du contenu tweeté : pouvoir Twitter la page, ou une citation à l’intérieur d’un article. Une tactique payante.

Un travail approfondi sur les boutons sociaux est également indispensable pour augmenter son reach sur les réseaux sociaux. J’en parlerais un peu plus tard dans un post dédié. A ne pas négliger, l’emailing, qui aborde une seconde vie sur le mobile, et qui, bien marketé, peut produire des résultats assez incroyables… Et évidemment le SEO, qui reste le moyen le moins onéreux de générer de l’audience.

De nouvelles manières de raconter l’actualité

Mixer des tweets, un module de live, des embed divers, du texte, des photos et de la dataviz et les associer à une carte, c’est un moyen riche et très engageant de raconter l’actualité. Mais cela pose pas mal de problématiques produit et responsive design, car tous ces éléments s’affichent parfois mal ou pas du tout sur mobile. Alors que l’audience mobile des news commence à dépasser les 50% du total, ce n’est tout simplement plus possible.

Ces articles « mashups » doivent passer pour être efficaces par une vraie conception produit/UX/projet/IT en amont. C’est l’un des enjeux des années à venir.