Webperf des sites media : peut mieux faire

Un site qui s’affiche vite, c’est plus de visites et plus de pages vues. Ou en sont les médias français en la matière ? Réponse…

Publié le 12/01/2017 à 09:17 par - Mis à jour le 19/01/2017 à 10:42

 

Un bon produit numérique, c’est avant tout un service rendu dans un délai court, en particulier pour les internautes disposant de connexions lentes sur desktop ou sur mobile. On a cru avec l’ADSL que le problème du « lag » était derrière nous. Et depuis, les pages n’ont fait qu’enfler pour peser parfois jusqu’à plus de 5 mégas octets.

Faut t’il rappeler que tout le monde n’a pas la fibre ou un ADSL haut débit ? Et dès qu’on quitte les grandes villes on n’en rend compte de manière… brutale. Du reste, lorsque l’on creuse un peu les stats des pages AMP, on constate que c’est sur les internautes situés en province qu’elles ont le plus de succès. CQFD.

En 2012, Amazon annonçait que chaque seconde de temps de chargement additionnel lui coutait 1,6 milliard de dollars. Pourtant depuis, la situation a peu changé et beaucoup de sites sont toujours très lents. Dans les médias, cela reste très vrai de manière générale. D’ou l’intérêt de ce baromètre qui balaie les 20 sites médias qui font le plus d’audience en France. Pour chaque KPI, vous trouverez la moyenne du secteur et l’indice recommandé par Google ou par les bonnes pratiques. Les données ont été récoltées par Dareboost du 30 décembre 2016 au 2 janvier 2017 sur la homepage de ces sites, soit à une période de faible affluence sur les sites média, normalement propice à une bonne webperf.

 

Speed Index

Le Speed Index est la mesure qui fait à peu près référence dans le monde du SEO. En tout cas, Google recommande officiellement d’avoir un score inférieur à 1000 (C’est à dire un affichage de la partie visible de la page en moins d’une seconde). On remarque que seuls 2 sites du panel respectent cette consigne (RTL et Le Nouvel Obs) et que quatre s’approchent ou dépassent le triple du speed index recommandé, avec un affichage de la partie visible en presque 3 secondes (Les Echos, Libération et Le Parisien), et plus de 8 secondes pour BFM TV, les jours où les mesures ont été prises.

TTFB

Le TTFB, ou « Time To First Byte » est le temps écoulé entre l’envoi de la requête au serveur web et la réception du 1er octet par le client. On recommande en général qu’il fasse moins de 200 ms et il semble que le TTFB ait un impact SEO. Pour les sites du panel, globalement la consigne est bien respectée et la moyenne des sites fait mieux que 200 ms. Seuls deux sites font moins bien : Les Echos et Boursorama.

Début d’affichage

Il s’agit du délai entre l’envoi de la requête et le début de l’affichage à l’écran pour l’internaute : c’est le moment où la page n’est plus blanche. Si en moyenne les sites média se placent en dessous de la seconde comme cela est recommandé, 6 sites sont au dessus et parfois assez largement : Les Echos, Europe 1, Le Figaro, Le Point, Le Parisien, Boursorama.

Chargement complet

On estime le chargement de la page complet lorsque tous les éléments qui la composent sont chargés. On recommande de ne pas dépasser 4 secondes, qui est le « seuil de tolérance » de l’internaute moyen. Au delà, les risques qu’il s’en aille avant la fin du chargement sont grands. La moyenne des sites média est très, très largement au dessus de cette recommandation avec un temps de chargement complet astronomique de 15 secondes en moyenne, avec deux sites qui tutoient même les 45 secondes au moment du test : France Info et Boursorama.

Un seul site du panel est conforme à la recommandation, il s’agit de Ouest France. Qu’est ce qui explique ces chiffres, qui semblent être une vraie tendance des sites média ? Essentiellement des problématiques publicitaires, avec des tags de pub qui incluent parfois jusqu’à 15 appels à des sous régies en « backfill », beaucoup de formats publicitaires en image lourds, et les visuels d’illustration des articles eux-mêmes qui peuvent être d’un poids important, sans compter qu’on voit dans de nombreux cas des images non pas retaillées mais seulement compressées à la dimension visible. Dans ce cas, l’internaute va devoir charger une image de 1000 pixels de large par exemple alors qu’elle ne s’affiche qu’en 200 pixels de large à l’écran.

Ce temps de chargement très long explique en grande partie le succès d’AMP, et j’irais même jusqu’à dire qu’il justifie en partie l’initiative de Google.

Poids des pages

Le poids d’une page, c’est la somme des poids de tous les éléments qui la composent : fichier HTML, scripts et trackings en tout genre, images, css, etc.. En moyenne sur le web, les pages pèsent 2,4 mégas (Source httparchive.org) mais il semble que pour le top 10 des sites les plus visités dans le monde, elle n’est que de 1,4 mégas et que ces sites travaillent à faire encore baisser ce poids. Preuve s’il en est que succès en ligne et webperf sont intimement liés.

De son côté, le Washington Post a beaucoup travaillé ces dernières années sur son temps de chargement, en faisant même l’un de ses principaux chevaux de bataille. Le site est salué actuellement pour ces succès d’audience, #DontActe.

Le poids moyen des pages des médias français dépasse largement les 2,4 mégas pour atteindre 3,5 mégas en moyenne, mais parfois beaucoup, beaucoup plus : presque 5 mégas pour Libération, 9,5 pour BFM TV, 5,5 pour LCI et 7 mégas pour La Tribune. Ce sont des poids réellement très importants et qui expliquent le succès des AdBlocks : plus aucune pub, c’est beaucoup moins de données à charger, c’est donc moins de consommation du budget data sur mobile et un chargement beaucoup plus rapide sur desktop. On a coutume de dire que « Le temps, c’est de l’argent »… on est en plein dedans…

Webperf avec et sans Adblock sur les sites média. Source : Dareboost

 

Nombre de requêtes par page

Une requête est une demande au serveur web d’afficher un script, une image, un fichier, etc. Ces requêtes peuvent être groupées pour gagner du temps, mais cela n’est possible que sur les « demandes » que l’on maitrise,  sur tout ce qu’on appelle des « appels externes » (scripts Facebook, codes de tracking, Pub), c’est beaucoup plus compliqué. La publicité a ainsi un impact fort sur le nombre de requêtes par page. C’est lié en grande partie à la cascade d’appels aux différentes régies et sous régies pour servir les formats.

On estime que sur un site média, en moyenne la moitié (!!!) des requêtes d’une page ont pour object d’afficher de la publicité. Pour garder une bonne webperf, on conseille de rester en dessous de la limite des 200 requêtes. Seuls 4 sites du panel y parviennent : Le Point, France Info, Eurosport et Ouest France. Certains sites tutoient le triple (600 requêtes) : Libération, BFM TV. L’Express quand a lui atteignait les 673 requêtes sur sa homepage durant le test.

Le palmarès

La webperf reste l’un des grands oubliés des priorités des groupes média. Les e-commerçants s’y sont mis il y a déjà longtemps, au vu des gains de chiffre d’affaire à en attendre. Dans les médias, c’est le phénomène des Adblocks qui a fait prendre conscience à la filiaire de l’ampleur du problème.  Mais le chemin à parcourir reste encore long. Selon Dareboost qui a eu la gentillesse de me fournir toutes les données présentées ici, Les Echos ferment la marche tandis que Ouest France est le gagnant de ce baromètre.

Notons toutefois que même ce site n’atteint pas la note de 80 qui correspond à la recommandation que je fais à mes clients en terme de webperf et qui reste de mon point de vue l’objectif à atteindre.

Même s’il sera difficile d’atteindre ce score dans les médias, du fait du modèle publicitaire (et des nécessités actuelles du programmatique) il existe tout de même une importante marge de manœuvre au niveau des admin sys et des équipes de développement en place dans ces différents groupes pour optimiser au mieux la webperf.

Je ne saurais donc trop conseiller aux éditeurs de sites de mettre au planning un projet « webperf » en 2017, avec un indice de priorité élevé. Il ne suffit pas en effet d’avoir un site ergonomique pour avoir une bonne expérience utilisateur. Une visite réussie tient beaucoup à la fluidité, et donc au temps de chargement. Le Washington Post l’a compris. Tiens, il est dirigé par Jeff Bezos, le même patron d’Amazon qui perd 1,6 milliard de CA à chaque seconde perdue. La boucle est bouclée.

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6 Commentaire (s)

Raph

Hello,
je trouve cela affligeant de tels résultats pour certains gros médias et j’ai du mal à comprendre
Est-ce:
– un manque de connaissances
– un manque de ressources pour les changements
– un jemenfoutisme
Les sites auraient tout à y gagner, à moins que le ROI ne soit au rdv
++
Raph

    Virginie Clève

    De mon point de vue c’est un manque de prise de conscience de la part des décideurs dans le monde des médias de l’impact négatif très fort d’une mauvaise webperf versus les revenus pub. La perte liée à la webperf ne se voit pas dans un compte d’exploitation. Les médias ont perdu en 10 ans 50% de leur revenu publicitaire print. Personne ne peut sereinement gérer ça ni l’amortir en pivotant. Cela a conduit l’industrie dans les bras du programmatique et de l’augmentation infinie de l’inventaire (pages vues), toujours vendu à plus bas cout et avec plus de formats par page.
    La pub programmatique et la cascade de régies et sous régies tue la webperf.
    Mais il faut faire rentrer du chiffre. Une équation pas évidente. Revenir en arrière et privilégier la webperf (long terme) au revenu pub (court terme) demande courage et prise de risques. Quand on a le patron d’Amazon derrière soi, c’est sans doute plus facile que lorsqu’on a un groupe Telecom qui demande un retour très rapide à la rentabilité comme c’est le cas en France.

Oliver Livet

Bonjour, merci pour cet article très intéressant. Je précise simplement un point concernant le chargement complet : vous notez que RTL et Boursorama atteignent des sommets avec 45s. Mais ce n’est pas si simple.

FranceTvInfo utilise chartbeat.com et Boursorama utilise Admo.tv : ces solutions de mesure de l’audience utilisent une technologie de long-polling : la page va envoyer régulièrement des infos à ces dispositifs de tracking : disons que c’est une sorte de «super asynchrone». Ainsi l’activité réseau ne va jamais être nulle.. et Dareboost ne déclenchera jamais le clap de fin.. et l’analyse se poursuivra jusqu’au timeout de ce dernier qui se situe à 45s.

Donc pour ces cas précis, il faut blacklister les appels à Admo et Chartbeat : ce que permet très bien Dareboost dans l’onglet blacklist en ajoutant : *.admo.tv et *.chartbeat.com.

Je suis dev@lelynx.fr on utilise également admo.tv et Dareboost pour monitorer nos perf et j’ai été face à ce même soucis.

    Virginie Clève

    Merci pour cette info très intéressante, qui, je n’en doute pas sera bien utile aux équipes de Dareboost.

    Jean-Pierre Vincent

    C’est une remarque qui est juste pour le temps de chargement, et ça concerne aussi les tiers comme Cedexis et d’autres qui n’en finissent jamais ou presque d’utiliser le réseau. C’est particulièrement pénible dans Webpagetest, mais heureusement on peut scripter pour ignorer ces domaines pendant les tests.

    Cependant le temps de chargement total n’est pas franchement vital, ce qu’il faut privilégier c’est ce que voit l’utilisateur dans les 5 premières secondes (énorme taux de rebond après cette limite), et malgré ses biais (slideshows et pubs le font augmenter artificiellement), le SpeedIndex est plutôt pas mal comme métrique pour représenter l’UX. Le 1er rendu est également une bonne mesure, et depuis quelques années je rajoute des trackers chez mes clients pour déterminer quand les éléments vitaux de la page s’affichent (l’image en Une pour un média, la mise à disposition du moteur de recherche en e-commerce …).

      Olivier Livet

      Je suis très d’accord avec votre point de vue que le temps total importe peu et que le speed-index est un indicateur bien plus légitime pour satisfaire les utilisateurs. Je lui ‘ajoute quelques autres KPI pour les pages les plus orientées SEO.

      Par ailleurs, ce n’est pas à Dareboost dans tenir compte du cas des long-polling mais à ceux qui l’utilisent pour faire des analyses qui doivent être correctement paramètrées. Dareboost permet déjà d’omettre ce genre de script.